La Dares a publié le 9 septembre 2026 les premiers résultats de l’enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2024-2025. Pour la première fois depuis les années 1980, l’intensité du travail recule. Mais ces progrès ne profitent pas à tous les salariés, et plusieurs signaux doivent retenir l’attention des employeurs. Voici ce que nous retenons de cette étude pour la prévention.

L’essentiel
- Entre 2016 et 2024, la part de salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme passe de 43 % à 38 %. C’est la première baisse depuis que cet indicateur existe.
- Les relations avec la hiérarchie s’améliorent et 82 % des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait.
- Les comportements hostiles progressent, et les employés peu qualifiés voient leurs conditions de travail se dégrader sur presque tous les plans.
L’enquête Conditions de travail existe depuis près de cinquante ans. L’édition 2024-2025 a été menée par la Dares avec la Drees et la DGAFP. 25 300 salariés ont répondu en face à face entre juillet 2024 et avril 2025, avec un questionnaire à part pour les questions les plus sensibles. Les résultats sont comparés à ceux de 2016.
Il s’agit de conditions de travail telles que les salariés les décrivent. Ce n’est pas une mesure prise sur le terrain par un observateur extérieur. C’est justement ce qui rend ces chiffres utiles : ils disent comment le travail est vécu.
Ce qui va mieux depuis 2016
Un travail un peu moins intense
De 1984 à 2016, l’intensité du travail n’a cessé d’augmenter. Entre 2016 et 2024, la tendance s’inverse : 38 % des salariés sont exposés à au moins trois contraintes de rythme, contre 43 % huit ans plus tôt. La baisse touche toutes les catégories socioprofessionnelles, sauf les employés peu qualifiés.
La pression temporelle recule aussi. Les cadres restent les plus exposés, mais ils ne sont plus que 39 % à déclarer travailler toujours ou souvent sous pression, soit 4 points de moins qu’en 2016. La Dares avance que le développement du télétravail pourrait en expliquer une partie.
Deux nuances s’imposent. D’abord, le niveau reste bien au-dessus de celui des années 1980 : 50 % des salariés ont un rythme imposé par des demandes extérieures qui exigent une réponse immédiate, contre 28 % en 1984. Ensuite, la baisse de la pression temporelle est portée par le privé. La part des salariés qui doivent se dépêcher baisse de 7 points dans le privé, mais augmente de 3 points dans la fonction publique.
De meilleures relations avec la hiérarchie
21 % des salariés déclarent des relations dégradées avec leurs supérieurs, soit 5 points de moins qu’en 2016. Ils sont beaucoup moins nombreux à dire que leur supérieur ne leur fait pas confiance (moins 13 points). Les relations dégradées entre collègues passent de 9 % à 6 %, et l’isolement au travail recule de 4 points, à 23 %.
Plus de fierté et un sentiment d’utilité en hausse
En 2024, 82 % des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait, soit 10 points de plus qu’en 2016. Seuls 22 % n’ont que parfois ou jamais le sentiment d’être utiles aux autres, contre 28 % en 2016. Le sentiment d’être mal payé au regard du travail fourni recule lui aussi, de 37 % à 33 %.
Conseil pratique Une moyenne nationale qui s’améliore ne dit rien de votre structure. Avant de vous rassurer, regardez où se trouvent chez vous les postes les moins qualifiés et ce que ces salariés disent de leur travail. C’est là que l’enquête relève les dégradations.
Ce qui résiste ou se dégrade
Des comportements hostiles plus fréquents
C’est le principal point noir de l’enquête. La part des salariés qui rapportent des comportements hostiles passe de 29 % à 31 %. La hausse atteint 8 points chez les employés peu qualifiés. Les salariés sont plus souvent visés par des blagues blessantes (plus 3 points) ou des propos obscènes (plus 2 points). Les femmes restent davantage ciblées que les hommes, et l’écart se creuse : 3 points en 2016, 5 points en 2024.
Ce constat rejoint l’arrêt de cour d’appel que nous avons commenté récemment sur les blagues sexuelles présentées comme de l’humour d’atelier. Ce qui passe pour de l’ambiance peut être vécu comme une agression par la personne visée.
La qualité empêchée ne recule pas
Les salariés sont plus fiers de leur travail, mais les moyens pour bien le faire ne suivent pas. Un salarié sur quatre estime ne pas avoir assez de temps pour faire correctement son travail. Un sur trois dit manquer de collaborateurs. Les femmes sont plus concernées : 36 % manquent de collègues, contre 29 % des hommes, et 28 % manquent de temps, contre 20 %.
Autre indicateur en hausse : 27 % des salariés doivent toujours ou souvent cacher leurs émotions au travail, soit 2 points de plus qu’en 2016. Les employés sont les plus touchés, avec un tiers d’entre eux.
Les employés peu qualifiés à l’écart des progrès
Pour cette catégorie, presque tous les indicateurs vont dans le mauvais sens entre 2016 et 2024 :
- 61 % sont exposés à au moins trois contraintes physiques, soit 7 points de plus ;
- la part de ceux sollicités pour une quantité de travail excessive augmente de 4 points ;
- le manque d’autonomie dans l’organisation du travail augmente de 4 points, et le manque de marge de manœuvre dans les tâches de 5 points ;
- les comportements hostiles augmentent de 8 points.
C’est aussi la seule catégorie pour laquelle les contraintes de rythme ne reculent pas. Les progrès observés en moyenne passent donc à côté d’une partie des salariés.
Tenir jusqu’à la retraite
41 % des salariés ne se sentent pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite, contre 38 % en 2016. C’est le cas de 55 % des moins de 30 ans. La hausse touche davantage les salariés les plus âgés et atteint 6 points chez les employés peu qualifiés. La Dares rappelle que cet indicateur dépend des conditions de travail, mais aussi de la santé des salariés.
Des changements trop souvent subis
Quatre salariés sur dix disent que leur environnement de travail a été fortement modifié au cours des douze derniers mois. C’est autant qu’en 2016. Dans plus de six cas sur dix, ils n’ont pas été consultés. Dans quatre cas sur dix, ils estiment ne pas avoir reçu une information suffisante.
Les cadres sont aussi touchés. Ils sont plus nombreux qu’en 2016 à juger les changements imprévisibles ou mal préparés (plus 7 points). Or ce sont souvent eux qui doivent les expliquer à leurs équipes.
La Dares rappelle que les salariés confrontés à de nombreux changements ressentent plus d’insécurité et présentent davantage de symptômes dépressifs. Pouvoir agir sur le changement atténue ces effets. C’est tout l’enjeu d’un accompagnement des réorganisations qui part du travail réel et pas seulement de l’organigramme.
Conseil pratique Avant une réorganisation, prévoyez un temps où les salariés concernés peuvent dire ce que le projet va changer dans leur travail au quotidien. Ce n’est pas une formalité : c’est ce qui limite les effets du changement sur la santé.
Ce que ces résultats changent pour les employeurs
L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés. Il précise que les mesures doivent être adaptées pour tenir compte du changement des circonstances. Une amélioration globale ne dispense donc pas de regarder ce qui se dégrade dans sa propre structure.
Le document unique d’évaluation des risques professionnels doit être mis à jour au moins chaque année dans les entreprises d’au moins onze salariés, et lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de travail (article R4121-2). Les risques psychosociaux en font partie.
L’enquête de la Dares montre deux choses utiles pour cette évaluation. D’une part, les moyennes cachent des écarts forts entre métiers. D’autre part, les signaux qui montrent une dégradation (comportements hostiles, qualité empêchée, changements subis) ne sont pas ceux que l’on suit le plus souvent dans les tableaux de bord RH.
Pour savoir où en est votre structure, un audit des risques psychosociaux ou un questionnaire auprès des salariés permet de comparer les situations par service ou par métier. Nous intervenons partout en France, dans le privé comme dans la fonction publique.
Sources
- Dares Analyses n° 37, « Quelles évolutions des conditions de travail et des risques psychosociaux depuis 2016 ? », 9 septembre 2026
- Code du travail, article L4121-1, version en vigueur depuis le 1er octobre 2017
- Code du travail, article R4121-2, version en vigueur depuis le 31 mars 2022
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