Les risques psychosociaux (RPS) sont un ensemble de facteurs d’origine et de nature variées, liés aux conditions de travail et à l’organisation du travail, qui peuvent affecter la santé psychologique et physique des travailleurs. Ils se manifestent principalement par le stress, le harcèlement et les violences au travail. Comprendre ces risques est essentiel pour les entreprises qui souhaitent promouvoir un environnement de travail sain et prévenir les troubles associés.

L’essentiel
- Les risques psychosociaux naissent d’abord de l’organisation et des conditions de travail, pas de « fragilités » individuelles.
- Stress, harcèlement, violences, épuisement et conflits en sont les principales manifestations, avec des effets sur la santé comme sur la performance.
- L’employeur doit les évaluer dans le document unique et agir en priorité sur leurs causes.
Qu’est-ce que les risques psychosociaux ?
Les risques psychosociaux regroupent divers aspects du travail et de son environnement qui peuvent potentiellement nuire à la santé mentale et physique des employés. Les RPS sont souvent le résultat d’une combinaison de facteurs liés aux relations interpersonnelles, aux conditions de travail, et à l’organisation du travail. Voici quelques-unes des principales composantes des RPS :
- Le stress au travail : Le stress est l’un des RPS les plus couramment identifiés. Il survient lorsque les exigences professionnelles surpassent les ressources ou la capacité d’un individu à y faire face. Cela peut être dû à une charge de travail excessive, à des attentes élevées sans le soutien approprié, ou à un manque de contrôle sur son travail.
- Le harcèlement moral et sexuel : Le harcèlement moral consiste en des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail, pouvant porter atteinte à la dignité, à la santé ou à l’avenir professionnel d’une personne. Le harcèlement sexuel, quant à lui, désigne des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste, répétés, qui portent atteinte à la dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante ; une pression grave, même unique, pour obtenir un acte sexuel lui est assimilée. Ces formes de harcèlement peuvent causer un stress intense et de l’anxiété, et nuire à la santé mentale des victimes.
- La violence au travail : La violence peut être physique ou psychologique. Elle peut provenir de collègues, de supérieurs hiérarchiques ou même de clients. Les menaces, les agressions verbales ou physiques sont autant de comportements qui, en plus de mettre en danger la sécurité, affectent la santé mentale des travailleurs.
- L’épuisement professionnel (burn-out) : Également connu sous le nom de syndrome d’épuisement professionnel, le burnout est une réponse au stress chronique sur le lieu de travail. Il se manifeste par un épuisement émotionnel, un sentiment de dépersonnalisation et une diminution de l’accomplissement personnel. Le burnout peut avoir des effets dévastateurs sur la santé mentale et physique.
- Les conflits et les relations de travail dégradées : Les conflits non résolus et les relations tendues entre collègues ou avec la hiérarchie peuvent également constituer des RPS. Un manque de communication, des différences de valeurs ou des styles de management inadaptés peuvent exacerber ces conflits et créer un climat de travail toxique.
Six familles de facteurs de risque
Le rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, dit « rapport Gollac » (2011), fait référence en France. Il regroupe les facteurs de risque en six grandes familles :
- L’intensité et le temps de travail : charge, pression temporelle, horaires, difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle.
- Les exigences émotionnelles : contact avec la souffrance, tensions avec le public, nécessité de cacher ses émotions.
- Le manque d’autonomie : faibles marges de manœuvre, peu de possibilités de développer ses compétences.
- Les rapports sociaux dégradés : manque de soutien, de reconnaissance, relations conflictuelles.
- Les conflits de valeurs : devoir faire un travail qui heurte ses valeurs ou qui empêche de bien faire son travail.
- L’insécurité de la situation de travail : peur de perdre son emploi, changements mal anticipés.
Les conséquences des risques psychosociaux
Les RPS ont des conséquences non seulement pour les individus, mais aussi pour les organisations. Au niveau individuel, les effets incluent des troubles anxieux, dépressifs, des troubles du sommeil, des maladies cardiovasculaires, et d’autres troubles psychosomatiques. Les travailleurs exposés à des RPS peuvent également développer des comportements à risque, comme une consommation accrue d’alcool, de tabac ou d’autres substances.
Au niveau organisationnel, les RPS se traduisent souvent par une baisse de productivité, une augmentation de l’absentéisme, un turnover élevé, et une diminution de la qualité du travail. Ils peuvent également engendrer des coûts supplémentaires pour l’entreprise liés aux accidents de travail, aux maladies professionnelles, aux litiges juridiques et à la perte de réputation.
Comment prévenir et gérer les risques psychosociaux ?
La prévention des RPS nécessite une approche proactive et intégrée, impliquant à la fois les employeurs, les employés, et parfois des experts externes comme les psychologues du travail. Voici quelques stratégies de prévention efficaces :
- Évaluer les risques : Une évaluation régulière des risques permet d’identifier les facteurs de stress potentiels et les situations à risque. Cette évaluation doit être participative, impliquant les travailleurs à tous les niveaux de l’organisation.
- Promouvoir une culture du bien-être : Les entreprises doivent promouvoir une culture organisationnelle qui valorise le bien-être des employés. Cela peut inclure des programmes de bien-être, des formations sur la gestion du stress, et des initiatives visant à encourager un équilibre travail-vie personnelle sain.
- Former et sensibiliser : Former les managers et les employés à reconnaître les signes de RPS et à réagir de manière appropriée est indispensable. Cela inclut des formations sur le management bienveillant, la gestion des conflits, et la communication non violente.
- Mettre en place des dispositifs de soutien : Des systèmes de soutien tels que des services de conseil psychologique, des lignes d’écoute, et des politiques de tolérance zéro au harcèlement et à la violence sont essentiels pour aider les employés à gérer les RPS.
- Améliorer les conditions de travail : Réduire les sources de stress liées à l’organisation du travail, telles que la charge de travail, le manque de contrôle et de clarté dans les rôles, et les horaires de travail irréguliers, peut réduire significativement les RPS.
À savoir L’employeur doit évaluer les risques psychosociaux au même titre que les autres risques professionnels, les intégrer au document unique d’évaluation des risques (DUERP) et en déduire un plan d’action (Code du travail, art. L. 4121-1 à L. 4121-3). La prévention la plus efficace agit en amont, sur l’organisation du travail : c’est la prévention dite primaire.
Conclusion
Les risques psychosociaux sont une réalité omniprésente dans le monde du travail moderne. Ils représentent un défi majeur pour la santé publique et la performance des entreprises. La compréhension et la gestion proactive des RPS sont donc essentielles pour créer des environnements de travail sains, prévenir les maladies professionnelles, et promouvoir le bien-être des travailleurs. Pour les psychologues du travail, il s’agit d’un domaine d’intervention clé qui nécessite une expertise approfondie et une approche globale, intégrant à la fois la dimension individuelle et collective des problématiques rencontrées.
Sources
- INRS, « Risques psychosociaux : ce qu’il faut retenir »
- Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser, rapport au ministre du Travail, 2011.
Pour aller plus loin : nous réalisons des audits des risques psychosociaux pour les entreprises et les collectivités, partout en France.
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